Débat 2nd tour des municipales à Poitiers : 3 candidats pour une idéologie

J’ai pris le temps de regarder – enfin d’écouter – le débat d’entre-deux tours de l’élection municipale poitevine. Comme chacunE le sait, celui-ci opposait les 3 candidatEs suivant : Alain Claeys (PS), Léonore Moncond’huy (Poitiers Collectif, soutenue par EELV, PCF, Génération.s, etc.) et Anthony Brottier (En Marche). 

Je dois dire que je me suis réellement ennuyé. 

Nous avions face à nous trois personnes respectant parfaitement les codes de cette fausse démocratie bourgeoise, trois personnes défendant la « bonne gestion » de l’économie, trois personnes ne remettant jamais en cause le capitalisme.

Cette pauvreté idéologique est la mort de la politique. Elle est la raison pour laquelle beaucoup se détournent de l’engagement. Fort heureusement la politique ne se résume pas aux élections. Mais les élections sont un moyen de mettre en lumière les idées, les tempéraments, et de prendre la température d’une situation politique. 

Hier, nous avions trois candidatEs parlant « d’aider les entreprises », chacunE mettant des conditions, mais jamais aucun ne parlant d’autogestion, de réquisition, d’augmentation des salaires, d’interdiction des licenciements, de baisse du temps de travail. Je ne suis pas un « anti-entreprise primaire », mais à quel moment s’adresse-t-on aux salariéEs, c’est-à-dire à la très, très grande majorité de la population ? Certes nous sommes dans le cadre des municipales, mais la période que nous vivons est celle de luttes pour la conquête de nouveaux droits, et dès la rentrée cela sera d’autant plus puissant. UnE maireSSE doit se positionner là-dessus, car en réalité, avec la crise économique qui vient, les coupes budgétaires qui s’annoncent, c’est sur l’aspect idéologique justement, et la volonté de combat, que l’on doit choisir sa municipalité. Bien sûr Léonore Moncond’huy a apporté un soutien aux personnels de santé en lutte, mais c’était très léger par rapport au contexte.

D’ailleurs quand Alain Claeys a voulu attaquer Léonore Moncond’huy car celle-ci a signé une tribune avec le NPA (tribune qui n’est pas un accord politique), il l’a bien dit, le NPA serait « dogmatique » et « idéologique ». Comme si le libéralisme, le capitalisme, n’étaient pas des idéologies, comme si celles-ci n’étaient pas dogmatiques. Il s’agit en réalité simplement de désaccords liés à deux appartenances de classes distinctes : Claeys le bourgeois face à Labaye la prolétaire. Au lieu de répondre ça, la candidate écologiste a vite cherché à se distinguer du NPA pour revenir à une position plus mesurée, en assumant néanmoins un « marqueur de gauche », faisant une différence avec les deux autres candidats, même si cela reste, là encore, fort léger. 

Économiquement c’est clair : nous avons trois candidatures qui disent la même chose avec des nuances : plus d’écologie par-ci, plus d’emploi par-là, plus de « valeurs » ici, plus de sécurité là. Trois candidatures qui géreront la ville sans remettre en cause la logique libérale. Alors la remise en cause de la logique capitaliste… on en est loin !

Je voterai quand même pour Léonore Moncond’huy et Poitiers Collectif, en premier lieu parce que le vote a une importance limitée chez moi et que je ne fais pas de ça quelque chose de central. Je le ferai car sur des questions sociales et « sociétales » elle a pris des engagements, comme le fait qu’il n’y ait plus d’expulsions de squats, comme le fait qu’il n’y ait plus personne à la rue, comme la suppression de la vidéo-surveillance…

Je reconnais aussi que Poitiers Collectif s’est engagée contre les violences policières, contre le racisme et pour l’égalité des droits. Même si je n’ai pas compris l’idée – évoquée lors du débat – qui serait de mettre les policiers devant les caméras plutôt que derrière (façon de s’opposer à la vidéo-surveillance) : s’agit-il de les filmer, pour surveiller leurs actes, auquel cas je signe, ou s’agit-il de dire « les flics sur le terrain, pas derrière les écrans de vidéo-surveillance », alors qu’il faut au contraire supprimer la police municipale pour aller vers plus de médiation ?

Bref, ce que dit ce débat c’est qu’il y a besoin de reconstruire une gauche anticapitaliste, une force révolutionnaire, qui ne se préoccupe pas d’être respectable aux yeux de la bourgeoisie, mais d’être loyale à ceux des classes populaires, des travailleuses et travailleurs, de la jeunesse, des femmes en lutte, des migrants, des raciséEs, etc.

Nous avons commencé à creuser le sillon avec Poitiers Anticapitaliste, mais il reste beaucoup de travail à accomplir !

Alexandre Raguet, le 17 juin 2020.

3 commentaires sur “Débat 2nd tour des municipales à Poitiers : 3 candidats pour une idéologie

  1. Je ne sais pas comment dire que je ne suis pas étonné des propos des trois protagonistes soucieux avant tout de ne pas froisser l’électorat. Ce n’est pas ça la politique ! L’écologie n’est pas compatible avec le système capitaliste ! On n’avance pas à petits pas face à la situation. Le jour où nous serons une majorité à avoir compris ça, les choses changeront. Quel que soit l’élu.e rien ne va réellement changer

    1. Bonjour Pierre,
      Je ne suis pas très surpris moi non-plus, car à la lecture du 1er tour, malheureusement, l’anticapitalisme a été porté par très peu de personnes, et certainement pas par les 3 finalistes.
      Cela dit, je pense que PC fait une erreur tactique en pensant gagner au centre. Sans virage à gauche, PC perdra face à un Claeys qui connait très bien cet électorat et ce positionnement là.
      Bref, cela reste de la tactique électorale, et même si je m’y intéresse je pense que cela n’est pas LE LIEU où la question du pouvoir se pose. La question du pouvoir se posera dans une perspective révolutionnaire. Là, on parle plutôt de gestion… Je dirai que c’est la différence forte que j’ai eu avec la campagne OSONS également (dans la propagande électorale de OSONS, la référence à l’anticapitalisme n’était pas présente, et on pouvait lire des croyances dans le pouvoir des institutions, ainsi que la possibilité de changer les choses à la tête de la mairie, ce à quoi je ne crois pas du tout). Néanmoins je suis persuadé qu’avec beaucoup de militantEs de OSONS, le travail est possible, et souhaitable, pour construire une alternative anticapitaliste, écosocialiste et de classe.
      à très vite.
      alex

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