Luttes, collectifs, élections : pour un front social et politique

Nous vivons une période où la question au cœur des préoccupations de la gauche radicale est de faire battre en retraite le gouvernement. La contre-réforme à l’œuvre concernant les retraites va de paire avec un projet politique néo-libéral dont l’objectif est la destruction des services publics, des droits sociaux, de façon à ce que les capitalistes puissent générer encore plus de profits. C’est cette bataille qui va cristalliser l’ensemble de la séquence politique de 2020. Si la victoire de la rue est possible alors il sera possible d’envisager une alternative politique. Si, au contraire, c’est une défaite sociale qui arrive, alors il sera extrêmement difficile de construire cette alternative.

L’unité d’action dans les luttes

Aussi c’est ici que doivent se concentrer les forces. Non seulement participer aux journées de grèves intersyndicales mais aussi construire la grève un peu partout, la développer, soutenir les secteurs en pointe. Aujourd’hui si la mobilisation est puissante elle reste néanmoins insuffisamment forte pour gagner. Il manque des secteurs clés afin de massifier la grève. Il en est par exemple un qui manque, c’est celui de la jeunesse scolarisée. Peu d’étudiant.e.s ou de lycén.ne.s sont en grève ou en AG : on dépasse rarement le noyau dur et les sympathisant.e.s de gauche. Cela ne permet pas de faire passer à la vitesse supérieure la lutte. Mais tout peut évidemment changer à la rentrée.

Pour que ça change il ne faut pas se contenter d’applaudir les cheminot.e.s en grève. Il faut construire la grève là où on se trouve. Pas des grèves minoritaires mais des grèves larges. Cela peut prendre du temps mais c’est l’unique moyen d’inverser le rapport de force.

La gauche sociale et politique a son rôle à jouer. D’abord parce que les militant.e.s politiques sont avant tout des travailleurs/ses, ils peuvent faire un travail de popularisation de la grève. Ensuite en défendant une stratégie de lutte. La forme de la lutte est un enjeu politique. C’est pourquoi dès ce stade la question de la société à construire est en jeu. Défendre l’auto-organisation des travailleurs/ses, des jeunes, des précaires est crucial afin que le niveau de conscience augmente. Par ailleurs la lutte appartient à celles et ceux qui la font. Comme la société devrait appartenir à celles et ceux qui la font tourner. L’unité de celles et ceux qui luttent est alors précieuse. C’est de cette unité que peut partir l’émergence d’une alternative au capitalisme. Les Assemblées générales, les manifestations, les blocages devenant des lieux de contre-pouvoir démocratiques où les discussions foisonnent et où les gens débattent, se rassemblent, se disputent. Ce n’est plus l’Assemblée Nationale mais les assemblées populaires. Le curseur démocratique passe de la démocratie participative à la démocratie directe. Seule la grève générale peut permettre une telle effervescence. Mais nous n’y sommes pas… Il y a encore beaucoup à faire pour que la grève devienne générale. Attelons-nous-y !

L’unité politique est un combat

Les partis politiques de la gauche réformistes sont souvent aujourd’hui des appareils à la recherche de postes pour survivre financièrement. Néanmoins, ces appareils représentent encore des courants idéologiques, passés et présents. Il y a aussi des courants politiques sans appareil ou avec de tout petits appareils, c’est le cas à l’extrême-gauche (communistes révolutionnaires et anarchistes notamment).

L’ensemble de ces courants est, a priori, divisé. Et cela est logique.

En effet chacun d’entre eux défendent et des pratiques, et des idéologies, et des objectifs différents. La division ici est positive. Elle est plutôt semblable à un pluralisme qu’à une division.

Toutefois, la gauche est obnubilée par la question électorale. Hors, ce prisme est déformant. En effet, dans le cadre électoral, le pluralisme organisationnel est un frein. D’autant plus dans un système où il faut obtenir la majorité de 50% plus 1 pour gagner. Aussi il y a en effet ici une division. Face à la bourgeoisie organisée en 2/3 blocs politiques massifs, le prolétariat est lui émietté.

Dans le cadre des élections municipales à Poitiers, la situation est assez dramatique.

Nous sommes aujourd’hui à 4 listes de gauche déclarées. Une liste « Lutte Ouvrière ». Une liste « Poitiers Anticapitaliste » soutenue par le NPA. Une liste « Osons 2020 » soutenue par la FI, le PG et Ensemble. Une liste « Poitiers Collectif » soutenue par EELV, Génération.s, le PCF, Nouvelle Donne…

Cet émiettement est dommageable.

Toutefois ces 4 listes ont de réels désaccords politiques entre elles. Il est donc normal qu’elles soient, au départ, désunies.

En effet, entre le NPA et Lutte Ouvrière, les désaccords sont surtout « pratiques ». Nous n’intervenons pas de la même manière pour construire une organisation révolutionnaire et la révolution. Lutte Ouvrière cherche avant tout à s’implanter dans les entreprises pour y défendre les idées communistes. Pour le NPA, nous cherchons plutôt à mettre les gens en mouvement afin de faire avancer le niveau de conscience par la lutte (via différents collectifs notamment). Par ailleurs nous intervenons beaucoup dans les luttes antiracistes, féministes, écologistes quand Lutte Ouvrière ne le fait pas. De fait, les camarades de LO ne se posent pas la question de l’unité politique puisque leur priorité est de faire connaître leur propre programme.

Pour le NPA au contraire l’unité est un combat car nous considérons que le programme est avant tout une question de dynamique. Sur le fond il serait probablement possible de trouver un accord. Mais pas sur la forme. Par ailleurs, la question électorale pour LO et le NPA reste secondaire.

Enfin la nature des désaccords avec « Osons Poitiers » et « Poitiers Collectif » est différente.

De fait « Poitiers Collectif » est aujourd’hui une version citoyenne de la gauche plurielle, sans le PS. Le rassemblement, et en particulier la participation du PCF à ce rassemblement (membre actuelle de la majorité avec le PS), place « Poitiers Collectif » dans une démarche d’alternance social-démocrate.

Bien entendu cette social-démocratie là est plutôt attirante. Il y a une vraie volonté de mettre en place un fonctionnement démocratique. La dynamique autour de la campagne pourrait même faire de « Poitiers Collectif » la surprise des élections.

Mais si je ne souhaite tirer des plans sur la comète d’éventuelles victoires ou trahisons (car qui vivra verra), je dois dire que le positionnement politique actuel est loin de celui que le NPA souhaite avoir : c’est-à-dire celui de rassembler les militant.e.s combattifs, lutte de classes, féministes, écologistes, antiracistes, pour montrer non pas que l’on peut gagner, mais qu’une autre manière de faire de la politique est possible, et que notre salut ne viendra pas de ces institutions pourries mais de nos luttes.

Et c’est ici que nous bloquons également avec « Osons Poitiers 2020 ». Nous pensons qu’il serait possible – sur le papier – de trouver un accord avec « Osons Poitiers » et « Lutte Ouvrière ». Mais un accord ne peut pas être un ralliement. Le NPA a sollicité à deux reprises une rencontre avec « Osons Poitiers » (ce n’est pas vrai dans l’autre sens). Nous avons aussi participé à une rencontre avec le PCF, EELV, Poitiers Collectif et Osons Poitiers. A chaque fois nous avons rappelé notre position : construire un cadre qui rassemble tout le monde et qui répondent à toutes les exigences du moment (nous avons d’ailleurs produits deux communiqués ICI et ICI). Pour nous ce cadre doit commencer par dire que nous sommes un rassemblement pluraliste de partis, de mouvements, de citoyens, de militants. Qu’il est le fruit d’un accord sur des bases fonctionnelles et programmatiques. Le fonctionnement se doit d’être démocratique : décisions prises en AG, contrôle des élu.e.s, non-cumul des mandats [cumul des fonctions et cumul dans le temps], révocation des élu.e.s. Le programme doit répondre aux exigences des classes populaires (services publics gratuits, lutte contre la pauvreté, lutte contre l’austérité…) et de la planète (bus gratuits, sortie du nucléaire, nourriture bio et locale…), et prendre en compte les luttes antiracistes (accueil des migrant.e.s, lutte contre le racisme institutionnel…) et féministes (centre d’accueil pour les femmes victimes de violences, poste d’adjointe aux droits des femmes, campagne contre le harcèlement…).

L’unité est un combat. Ces propositions ne visaient pas à dire « c’est ça ou rien » mais à engager une discussion. 

Aucune discussion n’a été possible. Nous n’avons pas rencontré Lutte Ouvrière (ni nous ni eux n’ont sollicité de rencontre).

Pour « Osons Poitiers 2020 » LE cadre existe déjà : c’est eux. Or il suffit de regarder honnêtement la situation pour voir que cela est faux. La gauche radicale est réduite à être divisée. Et nous ne souhaitons pas être réduits à nous rallier à une liste à la peine : nous sommes une composante au même titre que les autres.

C’est dans ce contexte que nous avons décidé de nous présenter.

D’abord parce que nous ne nous retrouvons pas dans les autres listes existantes. Ensuite parce que nous pensons qu’il faut faire vivre une liste qui mêle radicalité ET unité. L’unité est vitale pour notre camp social. Mais celle-ci doit être respectueuse de toutes et tous pour fonctionner.

Seule notre liste se situe franchement dans l’affirmation d’une alternative anticapitaliste et de la nécessité de construire dans l’unité la plus large les luttes émancipatrices et révolutionnaires.

Si dans les prochaines semaines cela bouge et qu’un accord est possible, nous retirerons notre liste car pour nous l’important est d’enclencher une dynamique radicale et pluraliste, pas de s’enfermer dans une logique d’entre soi. D’ici là, nous construisons sur des bases d’ouvertures une liste pour la transformation révolutionnaire de cette société capitaliste qui nous mène à la catastrophe. Rejoignez-nous !

Contribution personnelle d’Alexandre Raguet, militant du NPA Poitiers, le 30 décembre 2019.

Si ces axes programmatiques et notre positionnement tactique vous conviennent, sachez que nous sommes toujours à la recherche de candidat.e.s pour constituer notre liste.

Il vous suffit pour cela de vivre à Poitiers et d’être inscrit.e.s sur les listes électorales. Alors contactez-nous à l’adresse : contact@poitiersanticapitaliste.org

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