La police tue : un fait fort têtu.

Mercredi dernier, Philippe Poutou, le candidat du NPA à l’élection présidentielle, était invité sur le plateau de FranceInfo TV. Il a été interrogé sur de nombreux sujets.

Vous pouvez retrouver l’émission ici : https://vimeo.com/631814749

Un passage a particulièrement été retenu, il s’agit de celui sur la police où Philippe Poutou a simplement affirmé que, oui, la « police tue ». Avec cette affirmation, il n’y avait aucune intention de faire le buzz, mais simplement celle de rappeler des faits et des noms, ceux de Zyed, Bouna, Rémi, Cédric, Adama, Angelo, Zineb, Steeve, et tant d’autres. La police tue, donc, comme le rappelle très bien le journal Libération.

Mais les propos du candidat du NPA n’ont pas plu à tout le monde. La droite, l’extrême-droite, une partie de la gauche, se sont offusquées de ces mots de Poutou jugés scandaleux. Le ministre de l’intérieur a répondu à ces appels à condamnation par un tweet lapidaire : « Les propos de M. Poutou envers la police sont insultants et indignes d’un élu de la République. Au nom du ministère, et pour défendre l’honneur de tous les policiers, je dépose plainte. ». La police demande, le ministre exécute.

Puis l’ensemble de la journée, sur les chaînes d’informations en continue, des dizaines d’invités se sont succédés pour critiquer Philippe Poutou, s’indigner, sans jamais chercher à vérifier si les faits sont vrais. Non, pas touche à la police : ce n’est pas un chômeur, un ouvrier licencié, qui va imposer un nouveau thème de campagne, celui de la violence de l’état, du capitalisme, contre les peuples ! Non, le sécuritaire, le racisme, Zemmour and co, doivent rester le coeur de l’actualité pour celles et ceux qui ont créé ce monstre médiatique.

Néanmoins, comme le buzz est là, et que quelques voix se sont élevées pour soutenir que la police tue, notamment sur les réseaux sociaux, il a bien fallu redonner la parole à Philippe Poutou pour mieux comprendre ce qu’il a voulu dire mais, surtout, pour savoir s’il persiste à maintenir ses propos face à la pression qui s’exerce contre lui. C’est donc le jeudi 14 octobre, à 18h30, en duplex depuis Bordeaux, que le porte-parole du NPA a repris la parole, cette fois-ci sur BFM-TV.

L’émission ici : https://vimeo.com/632227472

Si l’exercice n’avait rien de simple, face à des journalistes militant pour la police et face à un policier en sueur sur le plateau, Philippe Poutou a su rappeler ses propos et même les expliquer avec des exemples concrets. Et il faut dire que des exemples, la période en offre. En effet, dès le lendemain, nous apprenions la mise en examen du préfet de Loire-Atlantique suite à la mort de Steeve. Autre exemple, historique cette fois-ci, c’est la commémoration en la mémoire des algériens tués par la police française dans la nuit du 17 octobre 1961. Comment oublier enfin qu’il y a un peu plus d’un an, des centaines milliers de manifestantEs ont pris la rue en France et dans le monde, suite à l’assassinat de George Floyd aux USA, qui a réveillé une solidarité internationale, mais qui a surtout permis de dénoncer les crimes commis en France, notamment celui à l’encontre d’Adama Traoré.

Malgré le brouhaha médiatique pour condamner notre candidat, malgré la pression qui s’exerce, petit à petit, nous le voyons bien, nos propos prennent dans la société. Il faut dire que ça aide de simplement dire la vérité et tout le monde, à l’heure des réseaux sociaux et des vidéos postées, voit bien que la police est violente. Même sur le plateau de Touche pas à mon Poste, pourtant peu propice à des débats politiques de qualité, le rouleau compresseur n’a pas permis une condamnation générale de nos propos. Mieux même, des invitéEs qui elleux ont toute légitimité à s’exprimer sur ce sujet, étaient là. C’est le cas de Fatima et Sofia Chouviat, la mère et de la fille de Cédric Chouviat, tué par la police, ou encore de Jérôme Rodriguez, éborgné par la police dans une manif de Gilets Jaunes. Concrètement, pour avoir une idée de la réaction aux propos tenus, le compte Twitter de l’émission a lancé un sondage : « « La police tue » : êtes-vous d’accord les propos de Philippe Poutou ? ». Résultat : 16775 votantEs, 55,5 % de Oui, 45,5 % de Non. Ce n’est qu’un sondage Twitter… mais il donne une idée, surtout lorsque l’on connaît le poids de l’extrême-droite sur ce réseau.

Cette épisode médiatique, bien que profondément politique, démontre à quel point il y a un enjeu, lors de la séquence qui s’ouvre avec la présidentielle, à avoir un porte-parole qui exprime la voix de celles et ceux qui sont invisibiliséEs, qui exprime la colère de la population, tout en affirmant qu’un autre monde est possible, solidaire et égalitaire. C’est nécessaire pour que les vrais sujets qui nous concernent toutes et tous soient enfin abordés : le sujet, c’est celui de nos vies, avec tout ce que cela implique. C’est pourquoi, le vendredi 15 octobre, sur un ton un peu provoquant mais surtout pour démontrer que le sujet est déclinable à souhait, Philippe Poutou a à nouveau tweeté : « Autres réalités : le travail et l’exploitation tuent, la précarité et la pauvreté tuent. En espérant cette fois que la ministre du travail (et du chômage) ne dépose pas plainte. ». Avec près de 21.000 « j’aime », ce bouclage de boucle est un joli pied de nez au ministre Darmanin souhaitant mener campagne à coup de dépôts de plaintes.

Alexandre Raguet

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