Poitiers : refuser la logique sécuritaire

Dans un article publié le 16 septembre dans la PQR, on apprend que Poitiers serait secouée par de nombreuses agitations nocturnes. La bagarre avec trois dizaines d’individus il y a quelques jours devant la mairie, l’alcoolisation des personnes la nuit , autant de faits divers alimentant les discours de celles et ceux qui pensent qu’il faut plus de policiers, de caméras et de fermeté.

On pourra par ailleurs regretter que ce qui inquiète le plus, du côté de la sécurité, ce soit des événements ponctuels, comme « la bagarre », alors même que les violences systémiques ne sont pas au cœur de la réflexion. Pourtant, à Poitiers ces dernières semaines, nous avons connu une agression de rue envers une jeune femme (avec un titre de presse de la NR-CP minimisant largement l’acte… « Le dragueur éconduit frappe deux jeunes femmes ») et une agression transphobe. Plus globalement, alors qu’il faudrait mettre des moyens significatifs pour lutter contre les féminicides et l’ensemble des violences sexuelles et sexistes, la focale du débat est mise sur un autre aspect : celui du « désordre » de rue.

Or, cela est fort arrangeant. Et le PS de Poitiers ne s’est pas fait attendre pour sauter sur l’occasion en réclamant un débat sur la vidéo-surveillance (autrement dit, plus de vidéo surveillance), plus de flics (avec une brigade de nuit et une brigade des incivilités). De son côté, la nouvelle municipalité est balbutiante et malheureusement peu conséquente en ce qui concerne la lutte contre la dérive sécuritaire. Y compris, et c’est ce que l’on pourrait attendre au minimum, dans le discours. Du moins pour le moment. En effet, toujours dans le même article de CP du 16 septembre, Laurent Lucaud rejoint le constat qui est fait : « On a changé de comportement… et même d’époque, déplore-t-il. Il n’y a pas de laisser-aller de notre part. J’habite Poitiers depuis quarante ans, ce sont des événements dont nous n’avons pas l’habitude. Les faits d’agression sont graves et inadmissibles. Laissons faire la justice. ». Mais nous aimerions sincèrement avoir des données concrètes sur le fait que l’époque a changé, que la violence augmente… car le discours du style « c’était mieux avant » n’apporte rien. Et on ne peut pas faire de la politique en réaction à des faits divers. Nous vivons une nouvelle époque, c’est sûr, c’est celle du n’importe quoi médiatique. Cela a été habilement présenté par Usul dans sa dernière vidéo.

Poitiers ce n’est pas le Bronx. Ou ChicaPoit, pour faire un clin d’œil à la polémique grenobloise. Nous vivons dans une société violente, où des violences s’expriment, parfois très durement. Néanmoins, l’appareil répressif de l’Etat, ou de la municipalité, représente en soi une violence de la société. Les tenants de l’ordre nous expliquent qu’il y a une forme de violence illégitime et une forme de violence légitime. En gros, les violences du maintien de l’ordre sont légitimes. C’est précisément ce avec quoi nous ne sommes pas d’accords. Pour nous, ce qui fonde la légitimité d’un acte, c’est son caractère juste. Or, l’ordre social est injuste. De fait, donc, l’appareil répressif d’un état injuste n’a pas de légitimité pour traiter de notre quotidien. C’est pour cela qu’il faut en finir avec cette police ou avec la vidéo-surveillance.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire contre les incivilités. Au contraire, il y a matière à renforcer la présence de médiateurs, dans l’ensemble des quartiers de la ville. Il faut également renforcer l’ensemble des formations auprès des fonctionnaires, des salariés, des bénévoles, sur les questions de violences sexuelles et sexistes, homophobes, racistes, etc.

Bref, il faut changer la société, car c’est en grande partie cette société-là qui créé les violences. Stresse, fatigue, violences sociales, sexisme, homophobie, racisme…

Il ne peut y avoir de réponse policière à ces situations : c’est seulement grâce à un changement d’ordre social que nous pourrons rendre légitime des règles communes. Une société sans classe, sans domination. Il est évident que ce n’est pas pour demain, mais nous continuerons de porter cette perspective révolutionnaire, y compris en dénonçant l’Etat et les institutions qui ne sont pas neutres mais qu’il faut détruire, afin de reconstruire une société où les institutions seront aux services de la majorité de la population.

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