La guerre de l’eau est là.

Début août, Christophe Bechu, ministre de la transition écologique, indiquait qu’une centaine de commune du pays n’ont plus d’eau potable au robinet. La crise de l’eau est présente et, pour la première fois, les habitant·e·s sont touché·e·s jusque dans leurs foyers à une échelle significative.

Cette crise n’est en revanche pas à son début. Nous arrivons simplement à un palier supplémentaire. À force de sécheresse et de consommation effrénée de l’eau, les nappes se vident et les rivières et même certains fleuves (à l’image de la Loire) sont à sec. Nous sommes ici dans une des conséquences directes du réchauffement climatique et de la bêtise capitaliste. Alors qu’il faudrait limiter la consommation, nous vivons un développement toujours plus important de la production capitaliste consommatrice d’eau ou polluante : c’est le cas de l’industrie nucléaire (qui joue un rôle catastrophique dans le réchauffement des rivières en plus du risque encouru avec la diminution des débits d’eau), de l’agriculture productiviste et de ses projets de méga-bassines, ou encore de l’extrême-concentration d’animaux dans les fermes-usines, comme celle en projet à Coussay-les-Bois.

Des exemples de crises qui se multiplient

Fin juin, à Châteauroux dans l’Indre, la moitié des habitant·e·s ont également vécu une crise grave autour de l’eau. Celle-ci était contaminée par la bactérie Escherichi Cali. Cette bactérie est la preuve d’une eau de mauvaise qualité et mal-traitée. Après plusieurs jours sans pouvoir boire de l’eau, se brosser les dents ou même – dans le cas des bébés – ne pas pouvoir se laver, les castelleroussin·e·s ont pu à nouveau consommer l’eau du robinet. Mais plusieurs témoignages sont inquiétants : pour supprimer la bactérie, l’eau a été traitée au chlore, et celle-ci n’était pas bonne au goût, voire très désagréable. Et nous savons que le chlore, en trop grande quantité, peut être mauvais pour la santé.

Le risque sanitaire autour de l’eau existe aussi autour des méga-bassines et des champs arrosés avec cette eau stagnante. Le collectif Bassines, Non Merci a alerté depuis plusieurs mois maintenant sur la prolifération, dans les méga-bassines mais surtout dans les tuyauteries où l’eau stagne et est parfois très chaude – c’est le cas en ce moment avec les canicules – de bactéries pathogènes, des légionelles. Au contact de cette bactérie, l’humain peut connaître de graves problèmes de santé. Les travailleur/se/s de la terre sont les premier·e·s concerné·e·s. Il faudrait généraliser les analyses sur l’ensemble des bassines existantes. Il faudrait également vérifier la qualité des plantes, ainsi que celles des eaux alentours (étangs, marres…). Là encore, s’il n’y a pas un risque direct pour la vie humaine (à moins de se baigner dans les bassines) nous ne pouvons jouer avec le feu et laisser cette gestion aux mains de celles et ceux qui se fichent de l’environnement en continuant d’assécher les sols et les territoires. En effet, cet été, malgré des restrictions dans toute la France, et encore plus antérieures (avril/mai 2022) dans nos départements du Poitou-Charentes, des dizaines de gros propriétaires de Charente-Maritime continuent d’irriguer sans vergogne, en utilisant l’eau stockée dans les méga-bassines.

Un tournant civilisationnel ?

La guerre de l’eau, intrinsèquement liée à la lutte des classes, arrive en France, après avoir secouée – et cela continue – l’Irak, l’Iran, l’Égypte, ou plusieurs pays d’Amérique du sud. Si le vol de l’eau – appelée stockage par la FNSEA – n’a jusque-là pas suscité plus de réactions que cela, le fait que la sécheresse donne des incendies disproportionnées ou que certaines communes voient l’eau du robinet disparaître commence à susciter des réactions populaires légitimes. La lutte contre les méga-bassines n’est pas seulement le résultat d’une coagulation militante, elle mobilise aussi des habitant·e·s directement touché·e·s par la crise écologique. D’énormes manifestations ont eu lieu – dont une rassemblant 7000 personnes en mars 2022 dans les Deux-Sèvres – démontrant la popularité des opposant·e·s dans la population. Et des modalités d’actions plus radicales se multiplient, allant jusqu’à démonter les tuyauteries ou à couper les bâches des bassines pour libérer les eaux afin qu’elles retournent dans les nappes.

Avec le réchauffement climatique, il n’y a pas de retour en arrière possible. Les degrés pris vont rester. La température va continuer d’augmenter. Le sujet est de limiter la casse au maximum. Pour cela il faut des réponses radicales qui nécessitent inévitablement de sortir de capitalisme et des logiques productivistes. Mais rien de cela ne se fera tranquillement car celles et ceux qui détiennent la grande majorité des richesses n’entendent pas lâcher les richesses. Ils et elles connaissent les problèmes écologiques mais privilégieront des réponses autoritaires voire fascisantes – ou fascistes. Nous pourrions connaître des couvres-feux, des restrictions imposées aux pauvres, des politiques ségrégationnistes et racistes limitant certains biens aux blancs, etc, etc. Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir nous adapter collectivement. Nous sommes à un tournant civilisationnel. Que faire ? Oui il faut rationner l’eau, moins consommer, et faire attention à nos gestes du quotidien. Mais comment le faire dans une société qui met les égoïsmes au pouvoir et fait de la doctrine « homo homini lupus est » une devise de bonne conduite ? Pour changer toutes et tous ensemble, il faut changer le monde. Partager les richesses, socialiser la société, ralentir et redonner du sens à la vie. Dans une interview dans la presse locale poitevine, un élu de Poitiers, pourtant estampillé « communiste », menace à demi-mot : face à la crise de l’eau, qui pourrait voir la capitale du Poitou-Charentes (100.000 habitant·e·s) manquer d’eau à l’automne (et oui…), il faut réduire la consommation, sinon, le prix de l’eau augmentera. C’est précisément l’inverse de ce qu’il faut faire puisque celles et ceux qui consomment le plus n’ont pas de problèmes à payer plus ! L’eau doit être rendue gratuite, puisqu’elle est un besoin vital et un bien commun. Il faut parler à l’intelligence des gens, montrer le beau et le bon, démontrer qu’une société peut être partageuse et généreuse. La gratuité de l’eau peut alors aller de paire avec une forme de morale politique : si l’eau est gratuite, on peut se permettre de demander des efforts, voire les imposer pour celles et ceux qui consomment vraiment trop (piscines, pelouses, golfs, etc.). Comme pour la question des transports, les moralisateurs au pouvoir ne peuvent pas se permettre de demander à n’importe quelle personne de marcher, faire du vélo ou prendre les transports en commun du moment que la politique des transports collectifs ne met pas en place la gratuité, et qu’en réalité rien n’est fait pour sortir de la voiture individuelle (par le haut, là encore, pas par la contrainte touchant les plus pauvres). La contrainte par le mieux-faisant doit être une ligne politique. Arrêter la voiture car il y a des moyens moins chers et plus utiles de nous déplacer. Consommer moins d’eau car nous avons conscience que la société nous veut du bien en la rendant gratuite. Nous pouvons tourner les choses comme on le veut : nous devons faire une révolution. Une révolution politique, c’est-à-dire prendre le pouvoir sur les riches, les capitalistes, pour ré-organiser le monde. Une révolution civilisationnelle, par l’exemple et la preuve, par la démocratie, pour faire des citoyen·ne·s militant·e·s, liant volonté survivre à la catastrophe écologique et de bien vivre du fruit du travail collectif.

Alexandre Raguet

Rivière le Mignon dans les Deux-Sèvres, à sec, novembre 2021.

Un commentaire sur “La guerre de l’eau est là.

  1. je n’arrose plus mes plantes je maintiens en vie mes sols avec de l’eau … Une nature sèche c’est une nature MORTE qui chauffe et qui brule … quand c’est bien VERT c’est bien VIVANT c’est 20°c de moins et ça ne brule JAMAIS : la SEULE et UNIQUE façon de baisser les températures c’est d’arroser (20°c de moins, l’évaporation de l’eau absorbe 60% de l’énergie solaire) … TOUTES les villes arrosent sans compteur et sans taxe, elles arrosent même le béton et les routes du tour de France … TOUTES les forêts qui brulent dans le monde sont des forets de conifères (ou des zones sèches) … Le conifère transpire DEUX FOIS MOINS, donc évacue DEUX FOIS MOINS de chaleur, apporte DEUX FOIS MOINS de pluie que le feuillu et brule TOUS les étés … . On va bientôt découvrir que l’eau des villes n’a jamais été recyclée mais jetée en mer parce que le système d’épuration vendu par Véolia dans le monde entier n’a jamais fonctionné correctement …

    Les problèmes d’eau ont été pris à l’envers ce qui risque d’amplifier fortement les phénomènes climatiques que nous subissons. En pleine sécheresse, le gouvernement lance déjà l’alerte pour les inondations, Dans les rapports du GIEC il est clairement écrit qu’il n’y aura pas moins d’eau mais une dégradation dans la répartition annuelle des pluies (inondations et sécheresses) ! Inondation c’est quand l’eau repart trop vite vers la mer, sécheresse c’est quand elle est repartie trop vite…Les pompiers n’en ont pas encore fini avec les feux qu’ils vont enchainer avec les inondations …

    Avec l’eau on gère un cycle pas une quantité, l’eau n’est pas consommée mais utilisée, elle est recyclable à 100% et à l’infini mais pas en France (0.8%). On peut faire des économies sur tous les usages de l’eau mais jamais sur l’environnement donc jamais sur l’agriculture, quand les sols sèchent la végétation sèche, le cycle de l’eau se coupe, les températures montent et ça brule … Il ne faut surtout pas chercher à limiter l’évapotranspiration mais au contraire l’augmenter massivement pour retrouver le taux d’évaporation des forêts de feuillus … une continuité végétale permanente toute l’année mais en priorité l’été ! Végétaliser plus l’été c’est irriguer moins, c’est avec des champs verts qu’on fait pleuvoir c’est avec des champs secs qu’on fabrique des déserts … La plante qui utilise le plus d’eau au m2 l’été c’est l’arbre (le feuillu), aucun champ, même irrigué à volonté, ne peut évaporer plus d’eau qu’une forêt ! les agriculteurs ne sont pas consommateurs d’eau mais producteur de pluie ! Il faut planter des arbres mais ils seront opérationnels dans 30 ans, et une haie dans un champ sec c’est une goutte d’eau dans le désert. La permaculture c’est la couverture permanente des sols mais en priorité l’été !

    Contrairement aux idées reçues, les deux tiers des précipitations continentales proviennent de la végétation (évapotranspiration) et seulement un tiers de l’évaporation en mer, la végétation ne consomme pas d’eau mais provoque les pluies dans un rapport 2/3 1/3 : 2 litres d’évapotranspiration produisent 3 litres de pluies et c’est aussi pour cela qu’il ne pleut pas dans les déserts ( sources : https://www.inrae.fr/actualites/nouvelle-representation-du-cycle-leau-integrant-activites-humaines )

    La seule et unique méthode pour perdre de l’eau douce c’est de la jeter en mer au lieu de la recycler proprement dans les terres. En Nouvelle Aquitaine les rejets urbains (pluies et eaux usées) représentent un volume 10 fois plus importants que les prélèvements agricoles dans les nappes l’été donc de quoi irriguer la totalité de la Surface Agricole Utile … Actuellement les rejets urbains sont trop toxiques pour être exploités en agriculture donc ils sont dilués illégalement dans les rivières … on ne manque pas d’eau on en jette trop … À l’échelle de la Nouvelle Aquitaine, Il suffit de 20mm de pluie pour couvrir les besoins d’une année irrigation comprise.

    Les rivières françaises rejettent entre 50 et 70% des précipitations (La Sèvre Niortaise est à 75%) alors qu’il ne faudrait jamais dépasser les 30% … ce qui provoque des inondations ET un assèchement mathématique des bassins hydrologiques. Avec 10% du volume des inondations on ne parlerait plus de sécheresse.

    Un bassin versant se vide uniquement par sa rivière, il est alimenté par les pluies et les pluies sont provoquées par la couverture végétale, plus on augmente la densité végétale plus on a d’eau et moins on a chaud (60% de l’énergie solaire reçue par les sols est évacuée par l’évaporation de l’eau).

    Les problèmes d’eau ne sont pas agricoles, au contraire ! La France va construire des milliers de réserves collinaires (Caussade) pour protéger la population des inondations qui font des millions d’euros de dégâts tous les ans (et même des morts …), La France va construire des milliers de bassins de rétention (bassines, en Deux Sèvres) pour mettre aux normes les rejets urbains (eaux de ruissellement et eaux usées). Depuis la covid 19 les ARS ont mis le nez dans les rejets urbains qui polluent massivement et illégalement les rivières jusqu’à la mer, avec le risque de propagation des maladies via les rivières l’état va mettre enfin aux normes les villes, la mise aux normes consiste simplement à sortir les tuyaux des rivières pour les envoyer dans des bassins de rétention ! Pour la ville de Niort le potentiel en eaux usées et pluies dépasse les 40 millions de m3 … Pour l’Agglo de Bordeaux c’est 1 million de m3 par jour …

    80% des assainissements collectifs français ne sont pas aux normes mais conformes … les rejets ne sont pas propres mais conformes aux exigences des services de l’état qui ferment gentiment les yeux … Il faut savoir aussi qu’à chaque grosse pluie les stations débordent (il est interdit de polluer les milieux naturels et les milieux aquatiques sont plus fragiles que les sols). Actuellement les polluants sont dilués dans les cours d’eau qui finissent dans la mer via les bassins ostréicoles. Des épidémies de gastro-entérites ont eu pour origine les matières fécales de station d’épuration, on y retrouve aussi des traces de Covid, que se passera-t-il si la prochaine pandémie est plus virulente et qu’elle contamine tous les bassins ostréicoles ?

    on a vidé les bassins versants parce que la consommation des villes augmentait et qu’il fallait toujours plus d’eau dans les rivières pour diluer toujours plus de rejets : tout est dit par Mr Henri Sabarot, référent eau pour la nouvelle aquitaine, à la minute 12 sur cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=Q2Sp93-rom4

    loi sur l’eau

    Une nature sèche c’est une nature morte qui chauffe et qui brule … quand c’est bien vert c’est bien vivant c’est 20°c de moins et ça ne brule jamais : la seule et unique façon de baisser les températures c’est d’arroser (20°c de moins, l’évaporation de l’eau absorbe 60% de l’énergie solaire) … toutes les villes arrosent sans compteur et sans taxe, elles arrosent même le béton et les routes du tour de France … toutes les forêts qui brulent dans le monde sont des forêts de conifères (ou des zones sèches) … Le conifère transpire deux fois moins, donc évacue deux fois moins de chaleur, apporte deux fois moins de pluie que le feuillu et brule tous les étés …. On va bientôt découvrir que l’eau des villes n’a jamais été recyclée mais jetée en mer parce que le système d’épuration vendu par Véolia dans le monde entier n’a jamais fonctionné

    Le Québec a mis en place des méthodes de recyclages des eaux usées plus simples et plus performantes dans des champs de biomasse avec des saules, aucune pollution des milieux aquatiques, végétalisation et production d’énergie : un cycle vertueux et sans risque de contamination des productions agricoles. Les saules développent des bactéries autour des racines qui dépolluent chimiquement l’eau.
    https://l-express.ca/pollution-saules/

    Cordialement

    Laurent DENISE
    Chercheur indépendant sur le lien climat eau et biodiversité
    79370 Celles sur belle
    07 82 84 2015

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